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22/01/2014

NÎMES ET LA BATAILLE DES ARBRES

Dans sa publication"Sites et Monuments" (n° 220-2013) la Société pour la Protection des Paysages et de l'Esthétique de la France a publié plusieurs dossiers sur les arbres :

- la protection juridique des arbres en France

- les arbres remarquables

- les arbres dans la ville. Exemples de Nîmes et d'Amiens

- Nîmes et la bataille des arbres. Janvier 2011 - juillet 2013

 

 

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Nîmes et la bataille des arbres 

janvier 2011 - juillet 2013 

Association A.R.B.R.E.S. Gardiens de l’ombre, Nîmes-Métropole

Nîmes est célèbre pour ses arènes, sa Tour Magne et sa Maison Carrée, mais aussi pour ses boulevards plantés de platanes et de micocouliers, certains plus que centenaires, qui délimitent les anciens remparts de la ville depuis la fin du XVIIsiècle et qui signent depuis cette époque l'identité de la ville. Plus de 470 arbres entourent d'une voûte végétale dense la ceinture du centre ville appelé Ecusson. Ces arbres d’alignements sont aussi inscrits dans le patrimoine littéraire de la ville. Alphonse Daudet né à Nîmes n'a-t-il pas célébré la beauté de leurs ombrages rafraîchissants quand l’été les promeneurs se protègent de la morsure du soleil ? 

Naissance d’une mobilisation citoyenne 

C'est par un froid matin 

 



de janvier 2011 que des habitants, voient tomber un à un les premiers platanes, des géants centenaires, emblèmes de leurs boulevards. Ils tentent d'intervenir  pour empêcher ce massacre qui se propage en même temps sur plusieurs boulevards. Très vite, ils apprennent, que 80 arbres situés dans le périmètre sauvegardé de la ville et protégés au même titre qu’un monument historique, seront abattus avec l’accord de l'architecte des Bâtiments de France pour construire à leur place des abribus du transport en commun (TCSP) appelé «tram'bus».

 

La résistance s'organise 

Chaque matin à partir de 6 h 30, des habitants, véritables sentinelles des chantiers d'abattage se relaient pour s'interposer, informer, être vus. Des rondes de nuit sont organisées, les abattages ayant lieu aussi la nuit. La résistance citoyenne est à cette occasion réprimée violemment par une intervention de la brigade anti criminelle et ses chiens. Une présence quotidienne dans la rue permet la signature d'une pétition par 9000 personnes. Conseils municipaux et conseils d'agglo sont investis afin d'interpeller les élus sur l'illégalité des abattages en cours. Des actions sont mises en place avec une énergie collective créatrice, des conférences, l'une d'elles avec la participation de Francis Hallé botaniste, des réunions publiques, des brocantes une vente d'œuvres d'artistes, la confection de sacs en toile sur le thème «sauvons nos arbres» sont organisées.  Une véritable fourmilière œuvre pour faire cesser cette hécatombe et récolter des fonds pour les frais de justice. Plus tard, une compagnie théâtrale montera une pièce d'Armand Gatti «Aux arbres citoyens ! » avec la présence de l'auteur.

En parallèle, des actions en justice décisives sont menées auprès du Tribunal Administratif par deux habitants de Nîmes : une première ordonnance, le 9 février suspend provisoirement l'abattage, puis une seconde ordonnance du 17 février suspend définitivement l'abattage pour non respect du plan de sauvegarde et de mise en valeur. Mais déjà 51 arbres ont été abattus. 29 arbres seront sauvés. 

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A.R.B.R.E.S. Gardiens de l'ombre 

Pendant ce temps, les travaux d'aménagement de la ligne du TCSP  continuent, sans aucune mesure de protection, sans aucun respect de règles de la Charte de l'Arbre de la Ville de Nîmes, règles qui imposent des mesures strictes de protection des arbres en cas de travaux, et ce malgré toutes les démarches entreprises auprès du Sénateur- Maire Président de l'Agglomération J.-P. Fournier, dévoilant ainsi l'hypocrisie des engagements de la municipalité envers le patrimoine arboré de Nîmes.. 

Par une autre décision de justice, le 29 mars le chantier du TCSP est définitivement stoppé, les boulevards sont rendus à la circulation, mais les trous sont rebouchés avec du sable et des gravats sans aucun traitement sanitaire sur les racines endommagées, ce qui laisse craindre le pire pour la pérennité des arbres. 

Victoire d'une mobilisation citoyenne 

Le 12 juillet 2011, le Tribunal Administratif juge l'abattage et le projet du TCSP illégaux. La Ville de Nîmes sera condamnée à replanter les arbres abattus, ce qui sera fait en mars 2012. Cette déci- sion sera confirmée par la Cour Administrative d'appel de Marseille en juillet 2013, mais il restera dans le paysage urbain une plaie longue à cicatriser, les arbres replantés n'étant âgés que d'une vingtaine d'années. 

Dans son bulletin municipal de février 2010, laVille de Nîmes se targue de recevoir, le 3 mars 2010 à Paris «  le Grand prix national de l’Arbre. Cette distinction récompense tous les ans une ville pour sa gestion du patrimoine végétal : la place de l’arbre, la diversité des essences, le développement et la conservation durables. Parmi les nombreux critères de sélection, la ville de Nîmes a particulièrement séduit le jury pour sa politique à long terme en la matière. » 

D'autres platanes sur d'autres boulevards ont eux aussi été la proie des tronçonneuses, mais là, le sénateur-maire a pris toutes les précautions nécessaires, l'abattage s'est fait au petit matin sous haute protection des fourgons de brigade mobile impliquant le blocage d'un quartier tout entier, mais c'est une autre longue histoire. 

 

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