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L'histoire des arbres de Nîmes

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Quelle place pour l’arbre en ville ?

Naissance, actions et victoire d’une mobilisation citoyenne

Une législation rigoureuse à mettre en œuvre

Nîmes (Gard) 150 000 habitants

Agglomération Nîmes Métropole 240 000 habitants

27 communes – 1 président – 30 vice-présidents

Jean-Paul FOURNIER Sénateur-Maire Président de Nîmes Métropole

Les boulevards du centre ville de Nîmes, appelé Ecusson, sont entourés de platanes et micocouliers, plus que centenaires pour la plupart, qui font partie du secteur sauvegardé et pour lesquels les habitants ont un profond attachement. Ces arbres d’alignements délimitent les anciens remparts de la ville depuis la fin du XVIIe. Ils sont source de fraîcheur l’été quand la température grimpe jusqu’à 40°. Ils ont aussi la capacité de purifier l’air que nous respirons en absorbant le gaz carbonique et nous restituent l’oxygène, indispensable à notre respiration.

Naissance d’une mobilisation citoyenne

Ce matin là, en janvier 2011, quelques habitants ont pu voir des tronçonneuses en action, en plusieurs endroits sur les boulevards. Désemparés, ils tentent de s’interposer, de s’informer et découvrent rapidement que les abattages ont lieu en toute illégalité. Ils apprennent ainsi que 80 arbres seront abattus pour implanter à leur place des abribus pour un transport en commun BHNS (bus à haut niveau de service) improprement appelé trambus, puisqu’il qu’il s’agit d’un bus articulé qui roule au diesel. Ils découvrent aussi que les arbres situés dans le secteur sauvegardé de leur ville sont classés au même titre qu’un monument historique et de ce fait, sont protégés.

La résistance est en marche.

Dès les premiers jours de l’abattage, de nombreux citoyens, chaque jour, par tous les temps, à partir de 6 heures le matin se mobilisent pour bloquer pacifiquement les chantiers, organisent des réunions publiques, des conférences, (l’une d’entre elles avec la participation de Francis Hallé, dendrologue). Une pétition est signée par plus de 9000 personnes en quelques mois. Ils mettent en place des rondes de nuit à bicyclette, les abattages ayant lieu aussi la nuit avec l’intervention musclée de la BAC (brigade anti-criminelle) et de ses chiens. En parallèle, des actions en justice décisives sont menées auprès du Tribunal Administratif.

Contre les décisions abusives, le recours au Tribunal Administratif

Ces nombreuses actions citoyennes n’auront pas été vaines. Le Tribunal Administratif suspend les chantiers du centre ville en mars 2011, puis reconnaît le caractère illégal flagrant de l’abattage des arbres en juillet 2011. 57 arbres d’alignement auront été abattus, 30 ont été sauvés. La Ville de Nîmes est condamnée à faire procéder à la remise en état des boulevards. Le projet initial de transport en commun est stoppé et interdit sur le centre ville historique.

La replantation des arbres a eu lieu en mars 2012. Coût de l’opération de replantation : 255 000 €, dépense qui aurait pu être évitée si une véritable information et un minimum de concertation avec les habitants avait pu avoir lieu. Grâce à leur engagement sans faille les citoyens ont réussi à stopper le projet d’un sénateur-maire, président d’agglomération qui, de par ses multiples « casquettes », pense qu’il peut se passer du respect des lois.

Une œuvre de destruction massive partout en France

Chaque jour, en France, un nombre considérable d’arbres disparaissent. Ils sont remplacés par un parking, un stade de foot, une ligne de transport en commun, des promotions immobilières, des pistes cyclables ou tout simplement pour donner un « coup de jeune » à une place. Les arbres en bordure des routes ne sont pas non plus épargnés. Certes, des arbres devenus dangereux, fragilisés par la maladie ou la vieillesse doivent être abattus, mais la politique actuelle, contagieuse, pousse les élus à faire table rase du patrimoine vivant de leurs villes sous prétexte de modernité. Aujourd’hui le végétal est de plus en plus hors-sol et traité comme du « mobilier urbain ». Pour les aménagements en vue d’un transport en commun, l’argument récurrent est que le nombre d’arbres replantés dépassera celui des arbres abattus, considérant l’équation suivante : un arbre de plusieurs décennies = un ou plusieurs arbres jeunes.

Quels outils juridiques pour la protection de l’arbre urbain ?

La législation est quasi inexistante concernant la protection de l’arbre. Ni les « chartes de l’arbre », ni les conventions européennes n’ont de valeur juridique. Il ne reste alors que les moyens de pression : pétitions, distribution de tracts, blocage des chantiers d’abattage qui sont source de risque pénal pour les individus. Parfois, les moyens de dissuasion, voire de répression sont démesurés.

Devant le constat du peu d’intérêt accordé aux défenseurs des arbres et de la nature lors des conseils municipaux ou d’agglomération et dans les enquêtes publiques, chacun, chacune d’entre nous, citoyen, élu, décideur, doit considérer le patrimoine arboré comme précieux et primordial dans les projets élaborés pour nos cités.

La modernité et la technologie doivent être au service du Vivant et non l’inverse.

Face à ce désastre écologique qui se produit dans un silence assourdissant, notre association s’est posée la question des moyens pour enrayer ce processus de destruction massive.

Comment fédérer les associations qui militent pour la protection des arbres ?

Suite à une conférence de soutien à Nîmes, Francis Hallé, nous a suggéré de créer une Ligue de Protection des Arbres sur le modèle de la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux). Elle serait l’occasion de fédérer toutes les associations qui agissent pour la reconnaissance et la protection de l’arbre. Cette fédération permettrait d’avoir du poids dans l’espace politique et citoyen en exigeant d’abord :

L’application des textes existants :

  • la Charte Européenne de l’arbre d’agrément
  • les droits de l’arbre (aide mémoire des textes juridiques 2003)
  • le plan de Grenelle Restaurer et valoriser la nature en ville adopté en 2010

La création de réglementations plus protectrices :

-le renforcement des mesures de protection des arbres dans les PSMV (plans de sauvegarde et de mise en valeur)

- une charte nationale de l’arbre urbain qui réglementerait la protection des arbres existants par l’élaboration d’un statut juridique spécifique et son application.

En 2012, la FAO Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture met en place des directives pour l’élaboration de politiques pour la promotion de la foresterie urbaine et périurbaine « des forêts et des arbres pour des villes saines ».

Ce n’est pas la surabondance des chartes, rapports et conventions de toutes sortes qui vont servir la cause des arbres si leur application reste lettre morte. Si l’on s’en tient à ce balbutiement, la bétonisation galopante aura eu raison de la disparition des grands arbres en ville et dans nos campagnes. Le chemin reste à faire et il y a urgence.

Aimer les arbres, c’est une autre façon d’aimer l’homme. Francis Hallé.

Association A.R.B.R.E.S. Gardiens de l’ombre

Article paru dans la revue Silence n° 410 mars 2013

Écrit par ARBRES Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Bonjour,

Non les arbres ne sont pas dangereux contrairement a ce que vous dite. Il suffit de les protéger par une barrière de sécurité routière et de limiter la vitesse.
Il peuvent même devenir source de sécurité en voiture, imaginez une bande entre voies sur un autoroute avec plusieurs mètres de broussailles dense qui freineraient les voitures en cas de sortie de chaussée plutôt que d’être rejeté sur la route par la barrière métallique et percuté par les autres voitures, qui empercheraient les congères et le verglas en hiver, qui maintiendraient une population d'oiseaux, et surtout qui absorberaient le gaz carbonique, etc
On vois qu'une haie bien conduite entre voies de circulation pourrait apporter plus d’intérêt que de désagréments.
Cordialement

Écrit par : Biojm2 | 13/12/2013

Répondre à ce commentaire

Merci pour votre réaction.
Nous ne disons pas que les arbres au bord des routes sont dangereux, nous sommes d'accord avec vous à ce sujet. D'ailleurs nous sommes en contact avec une association qui tente de protéger ces arbres de bord de route. Nous parlons des arbres très malades ou très vieux qui sont fragilisés. Et encore on pourrait imaginer de les renforcer...
Désolés si nous n'avons pas été suffisamment explicites...
Arbrement vôtre!
A.R.B.R.E.S

Écrit par : ARBRES | 13/12/2013

Les commentaires sont fermés.